Le jardin des gourmandises concours la cadière d 'azur

 

CONCOURS DE NOUVELLES LA CADIERE – THEME GOURMANDISES

“Le Jardín des Gourmandises ».

Rose s’est levée très tôt ce matin…

 A enfilé une robe vaporeuse pour dissimuler ses rondeurs, a mis un peu de soleil sur son visage, a chaussé des converses confortables et a décidé de flâner un peu à pied, dans la vieille ville. Histoire de garder la forme et de retrouver la ligne. Histoire de suivre scrupuleusement les bons conseils, prodigués par la blonde sublime, aux formes parfaites de la télévision.

Elle a lu la plaque de rue, au nom si évocateur. A souri à l’enseigne du magasin.

De tendres lettres, couleur marron glacé, savamment entrelacées, dansaient goulûment sur la devanture vert anis de la boutique. “Le jardín des Gourmandises”: point n’est besoin d’en pousser la porte, pour humer depuis le coin de la “rue des délices”, les odeurs incontournables et envoûtantes qui s’en dégagent.

 Dieu a très certainement du créer ce capiteux paradis mais le diable a du l’y aider…Par ci, par là. De la fève de cacao, au rocher à la noix de coco.

Tout y est perfection. Tout y est tentation.

S’est laissée portée par les arômes, jusqu’à….

Trop tard ! Déjà entrée. Rose a pénétré le lieu, un peu par hasard. Pour le plaisir des yeux, pour la beauté de l’endroit. Elle s’était juste approchée par curiosité, happée par ce parfum irresistible puis fascinée par ce décor comestible. Un pas de trop et la porte vitrée, comme un piège gourmand, s’est ouverte sur elle. Un de plus et la fée automatisme a refermé le rideau de verre. Trop tard ! Elle a traversé la longue boutique acidulée, poussée par le septième des péchés capitaux. Le plus agréable à commettre. Le moins grave à se faire pardonner. Pourtant…

Elle n’est plus qu’émotion et addiction. Tributaire de ses cinq sens, les uns après les autres en ébullition, dans le même état euphorique qu’un petit enfant, une veille de Noël, dans un magasin de jouets.

Fragance unique, lutte inégale de son odorat contre sa volonté, irresistible envie de caresser, prendre et laisser fondre dans sa bouche, ce chocolat aphrodisiaque et tant adoré…Frémissement du papier de soie moiré que la chocolatière replie artistiquement autour de l’objet de tous ses désirs, en déclamant une ode aux assortiments qu’elle a amoureusement alignés dans la vitrine. La vendeuse les a affublés de noms merveilleusement évocateurs et lorsqu’un client les lui désigne du doigt, un à un, elle les couche amoureusement et précautionneusement dans une jolie boîte à chapeaux capitonnée, un ballotin coloré, un bouquet parfumé ou un coffret raffiné.

Elle croque des yeux cet arc en ciel de chocolats qui ont l’air si délicieux. Il faut dire, qu’en plus de les confectionner artisanalement et avec des produits de première qualité, on a pris grand soin de bien les habiller. On les a ficelés, enrubannés, papillotés, pailletés et colorés.

Palets lisses et dorés, tablettes au gout corsé…

Truffes onctueuses dans leur robes brunes poudreuses…

Pralinés à la cannelle, ganaches au caramel…

Mariages insolites sucrés ou épicés, du plus noir au plus lacté…

Fourrés, caramélisés, fruités…

Macarons, turrons, calissons…

Amandines, feuillantines, nougatines…

Or en paillettes, éclats de noisettes, délicates orangettes…

Les mendiants lui  tendent la main comme pour mieux la tenter.

Ses papilles s’émoustillent, ses yeux s’illuminent, telle une chatte mutine, elle se pourlèche les babines.

Invitation à la dégustation.

Refus poli.

-      Mais j’insiste, vous le regretteriez, persifle la chocolatière aux gants immaculés, en ajustant son impeccable tablier blanc autour de sa taille de guêpe.

 

-      Je l’aime trop, confesse Rose. Si je commence à en manger, je ne vais plus pouvoir m’arrêter…

Puis dans un souffle coupable, lâche la terrible phrase :

-      Je suis au régime!

 

-      Foutaise! argumente la tentatrice, un bon chocolat ne fait pas grossir.

Rose résiste puis fond. Incapable de choisir, en prend un au hasard, sur le plateau d’argent.

Elle goutte du bout de sa bouche pulpeuse la texture pâteuse puis s’en délecte sans fin presque gouluement, les yeux fermés pour mieux savourer ce noir bonheur. La douceur en forme de coeur,  fond instantanément, jusqu’à emplir sa bouche d’une crème onctueuse qui se dilue jusqu’au fond de sa gorge, dans une jouissance extrème. Un seul son sort d’entre ses lèvres qui vient rompre le religieux silence. Une seule lettre, à vrai dire, qui s’étire à l’infini sous le regard satisfait de la vendeuse.

-      Mmmmmmmmmmmmm…

Dieu que c‘est bon !

    Un péché? Ca!

Le carillon de la porte d’entrée du magasin, vient perturber la magie de l’instant.

Dans un sursaut, elle déssille ses yeux. Surprise, elle appuie sur la touche stop de son réveille matin qui poursuit avec insistance, la mélodie perturbatrice.

Le rêve était délicieux. Rose passe instinctivement le bout de sa langue, d’un bout à l’autre des commissures de ses lèvres où perdure encore, un goût subtil de noisette vanillée.

Frustration sans nom. Amère réalité ressurgie d’entre les draps froissés. Du merveilleux “jardín des Gourmandises”, ne reste que la parure fleurie et l’édredon vert pomme qui recouvrent son lit.

Elle a commencé un sévère régime amaigrissant, voilà trois longs mois. Douze kilos de gourmandises se sont envolés péniblement. De ses hanches, de son ventre, de partout, mais non sans effort.

 “Plus de friandises, plus de gâteaux, plus de bonbons et surtout plus de chocolat” avait dit l’expert de la diététique, dans sa blouse blanche qui dissimulait mal, un corps sec et long posé sur un visage pâle et triste. Elle en avait conclut que ce garçon là, ne devait pas croquer la vie à pleine dent, ni aimer le chocolat. Sagement, comme les autres dames bien en chair de la salle d’attente, elle avait obéit et chaque jour, avait appliqué les consignes et respecté les interdits sur la table des sacrifices de sa cuisine. Abandonnant, dans son emballage clos, le fidèle ami des ses instants de déprime.

 Mais depuis, chaque nuit, un tourbillon sucré la poursuit dans ses rêves et dans son lit, pour la faire céder à la tentation gourmande de son meilleur ennemi.

Martine DI

 

 

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