IVRESSE (slam)

Ivresse

 

        Assis sous ma treille pliée par le raisin,
        devant la grange,

je ressens à chaque instant et jusqu'au bout de mes phalanges

l'attirance du vin primeur et du fruit des vendanges.

J'aime le bruit du tracteur dans les champs,

les cris joyeux des vendangeurs, sous le soleil brûlant,

l'émanation euphorisante des fûts de chêne, vieillis par les ans,

l'appel du tanin qui me rend à nouveau vivant.

J'essaie de résister, j'en appelle les anges,

lorsque je ferme les yeux, c'est pour entrouvrir les cieux peuplés d'archanges,

je pleure des larmes de sang, j’attend l'arme délicate et étrange

qui va encore me pousser dans la fange.

Je pense, je dis, je m’engage mais je mens

je me mens à moi même, car dans un instant,

mon ivresse gagnera la bataille, du pot au lait contre le pot de vin,

les incitations du malin coulent dans mes vers comme des flammes or et oranges.

Car chaque jour, j'ai le vague à l'âme et je renie mon serment,

sarment rompu par le vendangeur, serment balayé par la vendange,

d'un vin si dévastateur et si gouleyant, que je replonge dans mon heureux calvaire qui dérange.

La bouteille est là, à côté le tire bouchon m'attend.

Le liquide est tuilé, je me vois déjà m'en délectant,

j'emplis délicatement mon verre du breuvage revivifiant,

la robe rouge brique me fascine, le parfum capiteux est si troublant,

mon front est moite et étrangement brûlant,

je caresse mes lèvres de ce nectar divin,

mes papilles s'enflamment aussitôt en rêvant.

Chaque gorgée qui pénètre en moi, m'arrache un mot d'amour pour ce vin:

Quel corsage! Quel bouquet! Quelle cuvée! C'est un bon château saint-julien!

Il est corsé, fleuri, épicé et puissant.

Quelques notes boisées! il reste un goût vanillé sur la fin

Quelle extrême jouissance! Quel subtil mélange!

Que de mots! Que de verres! Et je m'enfonce dans un merveilleux néant......................

 

Martine DI

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