La surprise
LA SURPRISE
Elle est heureuse en ce soir de mars, il arrive au train de huit heures douze. Elle a mis sa robe bleue pastel, avec tout plein de petites fleurs et les chaussures assorties. Il adore cet ensemble coordonné.
Sa bonne, Carmen, lui a dit qu’il arriverait par ce train, trois jours à l’avance, car le congrès d’Amiens a été annulé.
Elle va lui faire la surprise.
Il adore les surprises.
Elle adore le surprendre.
Elle attend sur le banc glacé, elle lui a acheté l’équipe et préparé un sauté de veau à la maison: il adore les petites attentions.
Il n’y a plus qu’à jeter l’allumette dans la cheminée du salon, le couvert est dressé pour deux, Câline la petite chatte, attend sur le canapé douillet.
Il adore Câline.
Le train siffle, son cœur bat vite et fort.
Elle l’aime tant.
Le train freine, son pouls s’accélère un peu plus.
Les wagons s’arrêtent, elle guette son amour.
Le voilà qui apparaît dans l’embrasure d’une porte, sa petite mallette kenzo dans la main gauche.
Elle adore son allure.
Il descend sur le quai et elle aperçoit avec effroi, ce qu’il tient, amoureusement, dans sa main droite: le bras de sa très dévouée collaboratrice…
Son cœur un instant s’arrête de battre;
Tous trois se contemplent, embarrassés et médusés.
Elle hait les surprises.
Martine DI