A VOS MEMOIRES ! le ver à soie

 

Confucius raconte dans ses écrits qu’un cocon de ver à soie serait malencontreusement tombé dans la tasse d’une jeune  impératrice chinoise qui buvait son thé sous un mûrier. Elle voulut le récupérer mais un fil de soie s’en détacha qu’elle étira à l’infini. Elle l’enroula autour de ses doigts et le trouva d’une chaleur et d’une douceur si intense qu’elle le tissa. Puis celle que l’on baptisa plus tard la déesse de la soie, étudia la vie de ce ver singulier que l’on nomme bombyx du mûrier  et enseigna autour d’elle l’art de son élevage : la sériciculture. Le ver à soie était né. Chemin faisant, il est venu jusqu’en Provence et bien sûr, à Rougiers…Les provençaux l’ont baptisé « magnan ».

Certains se souviennent de ces années d’école où une fois l’an, au mois de mai, la maîtresse recevait des boîtes contenant des « graines plates » appelées à se muer en des vers blanc cendré. On plaçait des branches de mûriers ou de bruyères sur les étagères d’une pièce obscure et les écoliers Rougiérois très consciencieux, élevaient les chenilles de papillons, en les nourrissant des feuilles de muriers qu’ils allaient cueillir jusqu’à la dernière, au moulin, à la marquise, près du cimetière…Mais comme à Rougiers il n’y avait pas beaucoup d’arbres, c’était une compétition à celui qui en rapporterait le plus dans son petit sac accroché autour de la taille. Les anciens gardent en mémoire le cliquetis assourdissant des  mandibules de ces milliers de ver voraces dans le silence gris de la magnanerie. Imaginez que pour élever 30gr de graines il faut 1300 kg de feuilles et pour obtenir un gramme de coton, il faut trois à quatre mille mètres de fil. Lorsque les cocons étaient assez gros, les enfants « décoconnaient » au sens propre du terme et on expédiait le blanc colis dans les innombrables filatures parsemées dans le comté de Provence. 

Dans les familles Rougiéroises, on transformait volontiers une pièce en  magnanerie pour y  pratiquer régulièrement cette activité d’appoint. Et lorsqu’on manquait de feuilles, on allait en chercher dans les villages voisins. Jusqu’au jour où les arbres d’or affaiblis car trop sollicités par ces cueillettes intempestives ont attrapé la maladie de la pébrine. Ce qui eut pour conséquence de faire disparaitre cette culture.

Le ver à soie est de nature très fragile, les provençales (les magnarelles) les élevaient,  comme des nouveaux nés, les couvaient parfois comme des œufs  en les enveloppant chaudement dans de petits morceaux de tissus qu’elles glissaient dans leurs propres  vêtements ou qu’elles suspendaient entre leurs seins, au bout d’une cordelette, jusqu’à l’éclosion.

Il ne reste de ce temps que quelques mûriers qui trônent parfois devant nos terrasses laissant passer les rayons du soleil en hiver et gardant la fraicheur en été.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AFFICHE DE L’ETAT FRANCAIS - MINISTERE DE L AGRICULTURE :                                                                                                                       

       [  Tout propriétaire de Mûriers n’élevant pas lui-même des vers à soie est tenu de céder la feuille à tout éleveur qui en fera la demande au prix maximum de 50franc les 100kg. Il est rappelé que la LOI du 26 janvier 1941 art 4 1er alinéa interdit l’utilisation de la feuille de mûrier pour un but autre que l’alimentation  des vers à soie

Sous réserve de la déclaration des GRAINES à la MAIRIE, le KILO DE COCONS FRAIS de qualité loyale et marchande sera payé à la livraison 80 FRANCS Le comité d’organisation vous adressera, contre paiement par l’intermédiaire de la MAIRIE, 50gr de LAINE à tricoter par 5kgs de cocon, à condition que vous remettiez au filateur votre récépissé de déclaration de graines portant la mention « je désire recevoir la laine »

 

 

 

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